Notes de Guerre
Notes de Guerre
Notes de guerre : Roubaix pendant la guerre de 1914-1918

Un jour, il y a une dizaine d’années, mon père me confie une valise.
C’est une valise en cuir imprimée de trois lettres : LRL. À l’intérieur, je trouve neuf volumes à la couverture rouge, sur la tranche desquels est écrit « Notes de Guerre » en lettres d’or.
Cette valise, me révèle mon père, n’a pour ainsi dire jamais été ouverte, et ses textes, tapés à la machine, n’ont jamais été lus. Ils ont été frappés de l’interdit familial : ne pas les divulguer avant 30 ans. La valise est passée d’une génération à l’autre, d’un grenier à l’autre, sans que personne jusque-là ne lève officiellement l’interdit.
Rentrée chez moi, par curiosité j’ouvre le premier volume afin de voir de quoi il s’agissait, et je commence à lire.
Quelques heures plus tard, le cœur battant, je remets le tout dans la valise de peur qu’il ne se détériore : je détiens un trésor qui ne doit pas se perdre… mais qui ne doit pas rester caché non plus.
Alors dès le lendemain, je me mets à scanner, à scanner les documents dont certains sont terriblement fragilisés par le temps, parfois un peu effacés, parfois un peu flous.
Et puis je lis, je lis…
Mais leur lecture, même sous ce format, reste laborieuse et je veux que d’autres puissent en profiter. Alors je récris tout sur ordinateur et me décide à retravailler un peu le texte pour le clarifier, le fluidifier, et surtout le recontextualiser.
Alors que contient cette fameuse valise frappée des lettres « LRL », la valise de Léon Ribière de Labézie ?
Elle recèle les écrits quotidiens de ses cousins, Georges et Yvonne de Laubier, mes arrière-grands-parents, durant la guerre de 14 dans la zone occupée de Roubaix. Ils se sont attaché ce qu’ils ont vu, ressenti. En tant qu’administrateur de la Croix-Rouge de Roubaix, Georges est en relation avec la Kommandantur, organise les évacuations, les secours… Georges et Yvonne prennent des notes à la main et les retranscrivent à la machine quand ils le peuvent, avec les risques que cela implique. Ils y joignent des coupures de presse, des documents.
Ils les font relier ensuite, probablement après la guerre.
Les trente ans de secret auxquels ces pages étaient tenues visaient à protéger la réputation et la sensibilité des personnes qu’elles évoquent, pour ne pas causer de tort.
Nous sommes à plus de cent ans de l’écriture des Notes de Guerre, cette demande est donc respectée.
Alors, avec l’aval de mon père, j’ai décidé de sortir ces témoignages de la valise de Léon.
