Lettres
1er août 1914, lettre d’Yvonne à sa mère Emilie
Dunkerque
Chère Maman,
Devant les nouvelles reçues à midi je suis venue ici porter à Mx son argent de départ.
J’ai pu le voir ½ heure à la porte du corps de garde.
Il était rayonnant et partait pour trois jours au fort des dunes et de là il était dirigé sur Lens !
Que va-t-il sortir de tout cela on ne peut le dire……
Ce que je pense tu peux le penser !
Il m’a dit ce cher enfant « Tu n’as pas besoin de te faire de chagrin, tu écriras à chacun que je l’embrasse je n’ai pas le courage d’écrire je n’ai qu’une demi-heure, j’ai été me confesser et mettre un cierge à la Sainte Vierge »… je n’ai pas bronché… mais il était temps que nous nous séparions.
Il m’a quittée et j’ai attendu qu’il sorte de la caserne tout équipé… superbe… il m’a crié un « au revoir maman » qui m’a finie… le capitaine m’a dit « brave garçon »
Et puis me voilà à une table de café où il règne un tumulte indescriptible. Je repars dans une demi-heure pour Roubaix.
Je vous aime tous
Yvonne
Dis-moi ce que font André et François, je pense à eux comme à Mx.
20 août 1914
20 Août 1914
Ma chère maman, ma chère Denise,
Merci de vos chères lettres elles m’ont fait du bien… il faut du courage pour vivre !…
Donne-moi l’adresse de François
Ici nous avons eu du cher Max quelques nouvelles indirects que je vais tâcher de vous narrer proprement !
Donc Maxime était à Revin samedi… dimanche matin ils sont partis (tout l 110e) pour Florennes à pied avec tout leur fourbi… ils ont fourni une très longue étape et arrivés le soir à Florennes (où il y a un pensionnat et un noviciat de jésuite) c’est du reste par un des Pères dont de frère, Père jésuite est capitaine au 110ème que nous avons appris tout cela.
Ils sont arrivés, on a pu les faires se doucher, s’arranger !! car ils avaient eu une chaleur folle ils ont soupé et se sont couchés sur de la bonne paille… mais à 2 heures du matin il a fallu les faire lever dare-dare afin qu’ils filent sur Dinant où le 33e (d’Arras) était très menacé… ce régiment du reste a été très éprouvé… le 110ème est donc arrivé à 6h du matin mais comme il avait été précédé de son artillerie « ils n’ont pas été très éprouvés »… et alors ils se sont battus là lundi, mardi… et voilà… il faut vivre avec cela et quand on voit que ces brutes tuent les blessés à coup de crosse de fusil, fusillent leurs prisonniers on a en soi un sursaut de colère inouïe ! Ce pauvre Georges est dans un état fou !
Un Mr qui sort d’ici a vu ce matin les départs de Bruxelles… c’était navrant… ils y sont depuis midi ! Et ces officiers sont d’une arrogance… ils sont sûrs de la victoire… et on a beau se dire que si on les laisse s’avancer on a un plan, que les belges, français et anglais vont d’une action concertée leur tomber dessus… on a tout de même l’angoisse !
La vie ici est remplie pour tous et pour moi bien lourde. Les enfants (les 3 grands) sont pris pour les services ambulanciers ils se dépensent tant qu’ils peuvent !…
J’ai une bien affectueuse lettre de Me Dupuy qui me dit que les hôpitaux d’Angers, de Nantes sont pleins de blessés on a installé des ambulances dans de petits villages voisins tant il y en a ! !
Parle-moi du cher François.
J’embrasse les chers petits et vous deux de tout cœur… notre réunion de juin si joyeuse sera nos derniers baux jours… comme c’est déjà loin ! La pauvre Bichette fait pitié.
Votre Y
Ecrivez
Ci-joint la lettre de Léonie que marraine me charge de vous transmettre… vrai ! ! comme marraine dit… il faut la lire pour le croire ! André Gaillart s’est engagé il est à Auxerre.
Nous devrions être à Lourdes sans ces sales Allemands !
23 août 1914
Roubaix 23 Août 1914
Ma chère maman,
Rien de neuf. Attente énervante et silence angoissant. Nous commençons à voir passer des troupes Infanterie, cavalerie, artillerie. Peu à la fois, mais la nuit on entend les trains lourdement chargés se succéder de 5’ en 5’.
Toutes les locomotives belges de la région (150 environ) ont été avant-hier à Douai chercher des troupes. Les anecdotes sont nombreuses.
Hier matin on nous annonce par téléphone adressé Mr Mathon Président de la Croix Rouge que les Allemands sont à Menin où ils se battent ferme et que nous allons recevoir des blessés. Emoi, branlebas. Cyclistes, autos dépêchés chez tous les membres de la Croix Rouge….. ( ?????) un coiffeur d’Halluin avait été prendre une chope à Menin, avait entendu une galopade de chevaux et dare-dare, sans rien vérifier, sans rien voir, était revenu à Halluin annonçant un combat d’avant-garde ! Vers midi le bruit court que 100 000 allemands sont à la frontière, immédiatement on hisse les grands drapeaux de la Croix Rouge sur les hôpitaux… et il n’y avait personne.
L’exode est grand, ces superbes infirmières chamanées ( ?) de croix, vêtues de blanc s’en vont, le danger et … le travail les font fuir. La parade est finie, elles partent ! Mais elles sont remplacées par des dames moins bruyantes mais plus agissantes. Et deux heures on annonce 100 hulans à Herseaux. Renseignements pris il s’agit d’un seul hulan qui s’est présenté au bourgmestre d’Herseaux en le priant de le faire prisonnier ! Quatre autres en ont fait de même à Baisieux.
Ce qui a le plus inquiété la population ( ???) les tranchées et ouvrages de campagne que le génie construit depuis deux jours tout autour de Roubaix. Ce sont aussi les 150 tranchées ouvertes sur le nouveau boulevard entre Roubaix, Tourcoing et Lille.
Lundi ( ?) Ma lettre a été interrompue hier par l’arrivée d’un petit détachement de chasseurs ramenant des chevaux de dragons allemands. L’officier, un lieutenant, portait sur sa selle un casque en argent avec ornements en or. C’était le casque d’un officier dont l’épée très ( ???) était un don du Kaiser. L’officier prisonnier conduit à Lille avec 4 de ses hommes était un prince allemand. On avait tué quatre dragons.
L’après midi les Craveri ayant déjeuné à la maison nous fûmes à Wasquehal voir 3 batteries d’artillerie, un bataillon du 33e un bataillon du 73e un ( ???). Mais la panique était à Roubaix l maire avait publié à 10h1/2 du soir une proclamation annonçant l’arrivée des allemands ! C’était idiot ! Aujourd’hui j’ai été à Herveaux où j’ai vu des chasseurs descendre des hulans. Mr Watine et moi regrettions de ne pas avoir un fusil pour tirer aussi ! Nous sommes occupés militairement et les gaffes de ces jours derniers m’ont ( ???). Le Général Percin est aux arrêts et remplacé dit-on. Le Général d’Amade ( ?) est à Lille parait-il ! ! Tout cela est bien vague néanmoins la confiance renait.
28 août 1914
28 Août 1914
Ma chère maman. Quel gâchis ! Quelle peur ! que les fonctionnaires de la République sont méprisables ! Nous sommes séparés du reste de la France sans aucune raison !
Quelques cavaliers allemands sont signalés à 40Km dimanche dernier. Dans la nuit de dimanche à lundi(2H) l’immonde Percin envoie à Roubaix un de ses officiers d’ordonnance prévenir qq familles amies que Lille, Roubaix, Tourcoing seront envahies à 4H du matin par les allemands et qu’il faut fuir ! à 3H – 3H ½ défilé de gens qui se précipitent à Lille en auto, en sapin ( ?) en tous véhicules ! Le Préfet refuse de partir mais sur l’avis donné par Percin il reçoit l’ordre de se retirer à Dunkerque.
Lundi soir poste, télégraphe, téléphone, lumière électrique sont supprimés !Plus que le ( ??? ca. F) qui marche entre Lille et Roubaix parce qu’il fait son courant lui-même. Lundi rien. Mardi le Préfet revient. Poste, télégraphe, électricité reprennent. Mercredi le Préfet repart nouvel arrêt compte sauf pour le courant électrique. Jeudi retour du Préfet… les idiots ! Et pendant ce temps l, voici ce qui se passait : 20 000 cavaliers allemands se cantonnaient à Pecq, commune belge à 6H de Roubaix. Un détachement de 15 dragons venait tâter Roubaix, se promenait d’abord tout autour puis dans Roubaix consommant un peu et payant partout, et après deux jours de promenade disparaissait. Entre temps, lundi après midi on nous signale des blessés à Cysoing (20km. Nous partons avec 20 autos, des infirmières, des brancardiers et… au moins 50 curieux. A Cysoing nous trouvons bien installés dans l’école libre 50 blessés, des territoires de Bretagne (84e) avec un médecin major. Mais ce jour l tout le monde était affolé. Le curé de l’endroit qui seul avait gardé son sang-froid avait été les enlever avec quelques paysans et 3 soldats d’ambulance. Et voici ce qu’il nous a raconté, lui, témoin oculaire et très calme. 12 000 douze mille territoriaux avec colonel et généra sont arrivés dans la matinée –sans placer de sentinelle– ils ont été faire la soupe dans un champ dont la coupe :
¾ d’heure après leur installation un Taube passe au dessus d’eux et laisse toute une trainée de sable. Dix minutes après ils reçoivent des schnarpells ( ?) d’une batterie allemand installée sur le mamelon à 800 mètres d’eux. Le général et le colonel prennent la fuite. Ils étaient à la ferme tous ceux qui se sauvent par le ravin sont indemne, ceux qui essaient de gagner la route sont tous blessés ou tués. Le bombardement dure ¾ d’heure.
L’officier allemand qui commande la batterie vient visiter le champ de bataille, il est très ému dit le major qui est resté et serre la main à quelques officiers blessés puis sans faire de prisonniers il s’en va, car il avait 6 canons et il n’avait ni cavalerie ni infanterie avec lui, de plus, s’étant battu à Tournai le matin il n’avait plus aucune munition il venait de tirer avec deux canons seulement ses 14 derniers schnarpells c’est lui-même qui l’a dit et il s’attendait à être pris ! C’est navrant !Nous avons ramené à Roubaix 12 blessés grièvement. L’action avait fit 200 morts et blessés.
Mercredi on nous demande d’aller chercher d’autres blessés à Cysoing. Cinq autos partent, la première ( ???) par M.M.Boulton et Haergreve anglais et leur chauffeur. Le seconde par M Desmadryl, la 3e par Me Mathon, sa fille et deux religieuses, la quatrième par Me Dujardin Me Pollet Motte Me Louis Watine, la cinquième par M Lejeune filateur et une jeune ( ??) de la croix rouge. M Boulton parti l premier rencontre un détachement de dragons qui l’arrête. On l’interroge révolver sous le nez, on examine ses papiers et on l laisse passer. ( ??? ) il voit fondre sur lui à travers champs 150 cavaliers. Il s’arrête, on l’entoure, tous révolvers menaçant, il s’explique avec un capitaine et au bout de ¾ d’heures le capitaine lui fait dire par l’interprète que ses sentiments ont excellents mais qu’il a besoin d’une auto, qu’il confisque la sienne et le chauffeur ; sur interrogation de Boulton il lui donne sa parole d’honneur qu’il renverra le chauffeur et… peut-être la voiture. Boulton et Haergreve retournent en arrière, rencontrant Me Mathon qui fait demi-tour mais Lejeune et Dujardin passant par une autre route vont donner dans la compagnie de dragons. Pourparlers et confiscation de l’auto de M Lejeune et liberté donnée à l’autre voiture de continuer. Ce qui fut fat. Les autres voitures n’ont rencontré personne. On a ramené 4 blessés et on a pu aller 50 km plus loin panser 5 allemands et 3 français prisonniers qui étaient gardés par un détachement sans médecin. Les allemands ont remercié et dit que les prisonniers ( ???) seraient acheminés sur les hôpitaux d’Aix La Chapelle.
Hier matin l’auto de Boulton est rentrée , très abîmée, ramenant M Lejeune et le chauffeur. La voiture de M. Lejeune a été gardée. Le capitaine lui a dit « ou je vous renverrai votre voiture ou je vous la conduirai moi-même, votre adresse est dessus ; en tout cas je vous enverrai par la poste un bon de réquisition, remerciez le jeune anglais pour la voiture qu’il m’a prêtée ! ». C’est tout ce que nous avons vu des allemands. Depuis hier il n’y en a plus un seul dans un rayon de 50km. J’ai été à Herseaux où j’ai appris que chemin de fer et poste reprenaient. Quand aux autos elles ont été jusqu’à Solesme où l’on entendait le canon très proche. Là le capitaine et son acolyte sont descendus, le capitaine a indiqué au chauffeur une route. « Allez à 300 mètres d’ici, tournez à gauche vous verrez un estaminet, allez m’y attendre et faites vous servir ce que vous voudrez » puis il lui a donné un paquet de cigares. Deux heures après il est revenu, a payé la consommation du chauffeur et ils sont repartis pour Pecq où ils étaient à 1H du matin, il lui a fait servir un très bon souper et lui a donné un lit. Comme au moment de partir le chauffeur demandait un laissez passer « ce n’est pas la peine, d’ici à Roubaix vous ne rencontrez plus un seul allemand ». Mais comme ils connaissent bien les routes. A un moment donné, on arrive à une bifurcation. Le chauffeur va prendre à droite mais le capitaine lui dit « non, c’est trop long par là, prenez à gauche, vous tournez ensuite dans la deuxième route à droite et vous n’aurez plus qu’à aller tout droit. » !
De Max bien entendu, rien du tout : nous nous manquons !!
Henry ( ???) st mort hier soir d’une colique de ( ???) qui l’a pris à 3H à 5H ½ il avait rendu le dernier soupir. Sa femme est fort mal. Tous deux étaient très affecté du départ de leur fils. Hier soir 6H ½ M. Mulliez arrive chez moi e demander si je sais où est Charles Toulemonde. Il venait le chercher pour apprendre à Emile Toulemonde que sa femme partie avec 25 enfants, belle fille, 8 petits enfants à Wime( ???), au lendemain de la mort de leur fils Henry était au plus mal d’une angine de poitrine… Que de tristesses !
Dernière heure. M Clément Dupire allant à Wimer( ???) demain mettra le courrier à St Omer. Nouvelles assez vagues de Maxime. Le 110e est à Maubeuge après quatre jours de combat à Hostière( ?). Liouville affirme qu’il n’y a personne de blessé gravement au 110 que les blessés sont à Reis d’où ils seront dirigés sur Rennes. Liouville rentré hier soir avec une balle dans le bras, il est reparti ce matin. Ici tout est calme, la population est admirable de sang froid. Le Préfet baladeur est revenu… Je t’embrasse bien tendrement.
Georges
7 septembre 1914
Roubaix 7 Septembre 1914
Cette lettre s’adresse aussi bien à marraine qu’à maman et celle des deux qui la recevra devra la communiquer à l’autre car je n’ai pas le temps de la réécrire.
Je crois que vous êtes à peu près au courant des événements jusqu’au moment où nous fûmes coupés, non par l’ennemi comme les journaux semblaient le croire, mais par la stupidité et la lâcheté du général Percin et du préfet du Nord, ces deux individus ayant pris la fuite parce qu’une patrouille de 50 dragons allemands était à Wattrelos… (où on n’a entendu que les coups de fusil de nos fantassins !) Bref plus de Mongy, plus de journaux plus de poste, brusquement à 5H ½ du soir, sans crier gare, sans que rien ne le justifie puis plus d’éclairage électrique l’usine de Wasquehal s’étant arrêtée de peur d’être arrêtée. Le lendemain pas de journaux le matin mais le soir avis de retour du Préfet, éclairage, mongy, annonce de la reprise postale. Tout l personnel était à son poste le mercredi matin26 juillet mais de receveur pas. Un autre détachement de dragons étant venu à ( ???) à Toufflers (14 hommes et un brigadier, quelle troupe !) le Préfet repart, la poste repart……….. O fonctionnaires de la République que vous êtes grands à côté des fonctionnaires Belges qui sont restés à leur poste !
Heureusement que l’inspecteur des téléphones a refusé de partir et est resté avec 5 dames téléphonistes plus courageuses que les autres, notre téléphone a continué à marcher et nous avons établi cahin caha un service postal via Dunkerque. J’ai conté l’affaire de Cysoing plus tard, la semaine dernière, la semaine dernière on nous a demandé d’aller ramasser des blessés à Bapaume, Péronne etc… c’est ce que je vais vous narrer.
Le 26 l’hôpital militaire de Lille nous fait savoir qu’il y a des blessés à Arras, Bapaume etc. sans soins. Prévenus à 9H à 10 nous partions avec 14 voitures automobiles. A Lille on nous dit « prenez garde Lens est occupé ». Nous filons à Lens où nous trouvons nos braves gendarmes faisant des patrouilles. On nous ???) qu’Arras est envahie. A Arras le commissaire central nous demande où sont les allemands ? Attention Péronne est plein de (???) ! à Arras nous avions trouvé 10 autos de la + Rouge d Lille. Nous formons une caravane et je reste à Arras pour organiser le service de retour. Les hôpitaux d’Arras étaient pleins de blessés, toujours de réservistes. Sur avis du Colonel major je fais charger ( ???) automobile de quatorze blessés qui pouvaient être assis et le commissaire central m’affirmant que les allemands seraient d ( ???) à Lens je les ai expédiés par St Pol. Partis à 2H ils ne sont rentrés qu’à 9H du soir !Puis les voitures sont revenues chargées de blessés. J’ai pris la dernière voiture, une voiture de marchand de porcs, avec deux blessés sur civière et nous sommes revenus par Béthune où nous avons appris que les allemands de Lens se composaient de 3 Uhlans venus réquisitionner des médicaments. Nous avions sauvé ainsi plus de soixante blessés mais il y en avait encore 700 environ sans soins depuis trois jours. Le lendemain nouveau départ mais aux approches de Lens défense de passer les Allemands nous forcent à retourner.
Me Mathon qui ne doute de rien veut continuer, tous s’y opposent. Au retour nous apprenons qu’il y a à Lille un général. Me Mathon part à la préfecture avec sa fille, Melle Bathir( ?) et deux sœurs. Elles exposent la situation au Général Allemand qui donne des permis (noirs ?) individuels pour soigner les blessés sur place et l’autorisation de circuler entre Roubaix et Cambrai pour leur auto. Les sont repartis. L’anglais Boulton qui a déjà été prisonnier des allemands en allant à Cysoing va à Lille avec 3 voitures et obtient des permis pour ces voitures et des bons de réquisition pour l’essence nécessaire aux moteurs. Vendredi à 4H du matin M Mathon, Boulton et une autre voiture partent avec six dames de la Croix Rouge pour soigner sur place. Et depuis ce temps-là, comme on est ( ??? ) de tout sur place, ce sont des va et vient continuels pour porter des médicaments et des vivres. Ces voitures ont des chargements fantastiques et font chaque fois la route (70-80 Km) en deux heures. Ce qu’ils ont vu ! Tout la région de bataille est entièrement dévastée. Partout ce sont des chevaux éventrés, des cadavres d’hommes. Plus une maison debout, des ruines provoquées par le feu, les bombes, la démolition car chaque maison a fait l’objet d’un combat. A Moislains (Somme) plus un habitant. Une grande ambulance est établi par les Allemands sept à huit cent blessés sont par terre sur de la paille dans l’usine de ( ??? éponge des Schow ??) (d’Héricourt). Ces dames s’emparent des paquets de serviettes, des sorties de bain etc. et avec tout cela font des lits, des pansements, des couvertures. C’et une puanteur car toutes les plaies suppurent, mais l’ensemble reste bien car les majors allemands pansent nos blessés mais on manque de vivres et tout ce que nous apportons est réparti entre le côté allemand et le côté français. Les allemands ( ???) une cuve de chocolat à l’eau en disant « pour camarades français » car ces gens sont très convenables, ils ont très peu de médicaments mais ne refusent pas de partager ce que nous leur demandons. Ils invitent les majors français deux) et les dames à partager leurs repas. Tous refusent sauf Me Mathon qui accepte…… elle ne doute de rien !
Nombreux sont les R. prisonniers, P. Hey ??, les deux fils de G. Masurel, 2 fils d’Eugène Motte, 2 fils et un gendre d’Albert Motte, un Cavrois, un fils d’Edouard Motte etc…. Tout Roubaix quoi !
2 décembre 1914 : lettre de Jean à Marie-Marguerite
Amboise le 2 Décembre 1914
Ma chère Marguerite-Marie
Je ne peux pourtant pas toujours écrire à tante Loulou, et c’est pourquoi je t’écris.
J’ai la grippe et je suis dans mon lit, mais je vais mieux et d’ici quelques jours j’espère être rétabli.
Ma tante et tous mes cousins sont au lit avec la grippe eux aussi ; il en est de de même de bonne maman qui est au lit avec la grippe et une bronchite et il ne reste plus pour nous soigner que mon oncle et ma tante qui l’ont attrapée et qui la commencent. (Excuse moi si j’écris mal, mais c’est très malaisé d’écrire dans son lit)
Maxime est au dépôt depuis trois jours. Il y a tellement de soldats au 110ème que lui et son escouade couchent sur de la paille, et il n’en a pas beaucoup nous écrit-il.
Son capitaine lui a annoncé qu’il partirait bientôt au feu et il en jubile.
Voici les détails que tante Loulou m’a demandés sur Max : Il a été blessé au genou par une balle qui est entrée au dessus de l’articulation pour ressortir 0.21cm au dessous.
Au moment où il a été blessé il était assis par terre, et n’ayant plus de munitions, il soignait un blessé. Quand, au milieu de son pansement il a senti une (…) douleur dans le genou ; il s’est aperçu qu’il saignait alors il a vesé de l’iode dans sa blessure et a continué à panser son malade. Puis, étant incapable de marcher, il s’est trainé jusqu’au château de la (…), à côté de Sezanne, situé à 3 kilomètres du feu. En route, étant fatigué, il se reposait appuyé sur un arbre quand un obus est venu couper l’arbre 10 cm au dessus de sa tête.
Max resta une journée au château de la (…) où il fut bombardé tout le temps. De la (…) il fut envoyé à Amboise. Il avait fait 400 kilomètres à pied avec comme seul repos 3 heures par nuit.
Quand il a été blessé il était caporal son capitaine lui avait promis le grade de sergent qu’il exerçait déjà, la médaille militaire et la citation à l’ordre du jour des armées ; Max. n’a jamais voulu nous dire pourquoi, et j’ai appris cela par un de ses lieutenants blessé à Tours.
Toi, tes soeurs et tes tantes que faites-vous à Vichy. Comment passez-vous votre journée ? Ecrivez-moi un peu.
Maxime a reçu une lettre de Roubaix arrivée par la Hollande, partie le 18 Novembre de Roubaix et arrivée le 23, c’est épatant ! Papa nous dit qu’ils sont comme un îlot perdu au milieu du flot allemand. – Ecris moi –
Présente mes respects à ta grand-mère et distribue des paquets d’amitiés à tes tantes auxquelles j’écrirais bientôt, en prenant pour toi le plus gros paquet d’amitiés.
J. de Laubier
chez le docteur Mahoudeau
Place du Commerce Amboise
